Vendredi 18 février 2011.
Je regarde le journal TV du soir de France 3. En début de JT, trois faits divers horribles: le viol d'une jeune fille par l'ex de son amie, la disparition d'une joggeuse, puis l'agression d'un enfant. On voudrait terroriser la population, on ne s'y prendrait pas autrement. Décidément, France 3 (dont le PDG, rappelons-le, fut nommé par Sarkozy), n'a pas changé malgré les critiques. C'est reparti comme pendant la campagne électorale de 2007. Rien ne change.
En 2012, les français se feront-ils berner au jeu sarkozien comme en 2007 ? Je n'en suis pas sûr. Je crois percevoir une prise de conscience de ces manipulations parmi mes collègues, certes ayant fait des études supérieures. En revanche, beaucoup de personnes âgées continueront probablement de se faire peur en regardant ces images de meurtres. D'ailleurs, je suis persuadé que beaucoup adorent se faire peur. Dans une sorte de curiosité morbide, combien de vieilles dames se délectent de ces nouvelles de jeunes femmes violées ? Combien de femmes achètent Police Magazine, France Dimanche ? Le métro en est bondé.
Réunion syndicale cet après-midi. Notre secrétaire décrit la nouvelle loi sur les Comités Techniques paritaires : les représentants, au lieu d'être nommés par les syndicats, seront élus par le personnel. Une collègue s'en plaint: "C'est l'individualisation, la mort du collectif. Si un délégué du syndicat ne vote pas dans le sens du syndicat, on ne pourra rien faire. Il restera élu. Avant, on pouvait s'en séparer". Je lui dis: "N'est-pas ainsi quand tu élis ton député ? S'il quitte son parti, il reste député, non ?". Elle me répond que oui, mais qu'elle est contre.
Alors je lui dis : "ne sommes-nous pas contradictoires ? Récemment, nous avons critiqué la direction qui avait refusé qu'un de ses représentants vote différemment du directeur. Et maintenant, nous refuserions le droit à la dissidence dans nos propres rangs ?".
J'ai trouvé cet échange intéressant. Qu'est-ce la démocratie, pour nous ? Voulons-nous une "logique de partis", une logique de groupe où tous les élus doivent toujours voter comme le groupe ? Ou voulons-nous des élus qui votent chacun en leur âme et conscience ? Les "consensus" de groupes sont-ils vraiment démocratiques ? Mon expérience m'incite à penser fortement le contraire.
Je me rends compte que les français se disent démocrates, mais ne sont pas d'accord sur des points cruciaux. Le premier est celui que je viens d'évoquer : logique de partis, ou indépendance d'esprit des individus élus.
Le second débat est celui de est la représentativité, ou la démocratie directe. Il est lié au débat sur la prépondérance des élites, c'est-à-dire la technocratie.
Je me range actuellement résolument dans le camp de l'indépendance des élus, et de la démocratie directe. Mais je suis peut-être minoritaire. Il me semble qu'une bonne partie des maux de la politique vient de l'absence de ces deux valeurs.
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